Vers la fin des paiements en dollars cash en RDC

Quels enjeux à l’horizon avril 2027 ?

BDO RDC publie sa Note de conjoncture économique - Juillet 2026, une nouvelle édition de BDO DRC Economic Insights consacrée à l’analyse de la conjoncture macroéconomique de la République démocratique du Congo. Au-delà des principaux indicateurs du mois, cette édition met particulièrement en avant les implications économiques et opérationnelles de la réforme annoncée par la Banque Centrale du Congo visant à mettre fin aux transactions en espèces en devises étrangères à compter d’avril 2027.

Une conjoncture macroéconomique toujours résiliente

À fin juillet 2026, la conjoncture économique demeure globalement favorable malgré un environnement international plus volatil et la persistance de vulnérabilités structurelles. La croissance du PIB réel est estimée à 5,7 % en 2026, principalement soutenue par les industries extractives, tandis que plusieurs activités non minières, notamment les télécommunications, la construction et les services, affichent également des perspectives favorables.
L’inflation reste contenue malgré une légère accélération en juillet, à 0,96 % sur le mois et 3,2 % en glissement annuel. Le climat des affaires demeure également bien orienté, avec un solde global d’opinions de 43,4 % en juin 2026.

Stabilité du franc congolais et réserves proches de 8 milliards USD

Le marché des changes est resté globalement stable en juillet. Au 31 juillet, le taux indicatif s’établissait à 2 252,43 CDF/USD, contre 2 318,06 CDF/USD sur le marché parallèle. Les réserves internationales ont atteint 7,92 milliards USD au 30 juillet, soit environ 3,02 mois d’importations de biens et services.
Cette position extérieure reste soutenue par les entrées de devises liées au secteur extractif et par le niveau élevé des cours du cuivre, du cobalt et de l’or. Elle demeure toutefois exposée au renchérissement du pétrole et de plusieurs produits alimentaires importés.

Finances publiques : une mobilisation des recettes plus soutenue

Au 30 juillet, les trois principales régies financières ont mobilisé 3 798,6 milliards de CDF, légèrement au-dessus de la programmation mensuelle de 3 725,2 milliards. Les données cumulées disponibles au 24 juillet montrent également un déficit de trésorerie inférieur au niveau programmé, même si ce résultat reflète en partie une sous-exécution de plusieurs postes de dépenses, notamment les dépenses en capital.

La BCC poursuit son cycle d’assouplissement monétaire

Le principal fait monétaire du mois est la nouvelle baisse des taux directeurs. Le 17 juillet 2026, la Banque Centrale du Congo a ramené son taux directeur de 13,5 % à 12,5 % et le taux de la facilité de prêt marginal de 17,5 % à 16,5 %. Depuis octobre 2025, le taux directeur est ainsi passé de 25 % à 12,5 %, dans un contexte de désinflation et de relative stabilité du marché des changes.
La transmission de cette détente au coût du financement demeure toutefois limitée par la forte dollarisation du système bancaire : à fin juin 2026, 88,3 % des dépôts et plus de 97 % des crédits restaient libellés en devises.

Focus BDO - Vers la fin des paiements en dollars cash en RDC

La réforme annoncée par la BCC pour avril 2027 constitue l’un des principaux sujets structurants de cette édition. Elle vise la fin des transactions en espèces en devises étrangères, mais ne signifie pas la disparition du dollar américain de l’économie congolaise. Les avoirs et transactions scripturales en devises devraient continuer à relever du système financier formel.
L’enjeu est donc plus large : faire migrer une part croissante des paiements actuellement réalisés en billets vers le franc congolais et vers les circuits formels de paiement – virements bancaires, mobile money, cartes, plateformes numériques et autres instruments autorisés.

Une réforme susceptible de transformer l’écosystème des paiements

Une réduction effective de l’utilisation du cash en devises pourrait améliorer la traçabilité des flux, soutenir la formalisation des transactions, renforcer l’intermédiation financière et accélérer la digitalisation des paiements. Elle pourrait également contribuer, à terme, à améliorer la transmission de la politique monétaire et à renforcer progressivement le rôle du franc congolais.
La réussite de cette transition dépendra néanmoins de plusieurs conditions : interopérabilité entre banques, opérateurs mobile money et fintechs ; maîtrise des coûts de transaction ; fiabilité des infrastructures ; disponibilité de la liquidité ; protection des utilisateurs ; inclusion des populations peu bancarisées ; et clarté du cadre réglementaire.

Le mobile money, un levier important de la transition

Le développement du mobile money constitue un point d’appui important. Selon les statistiques sectorielles de l’ARPTC reprises dans la note, le nombre d’abonnements est passé d’environ 7,1 millions en 2019 à plus de 34,3 millions en 2025, tandis que le taux de pénétration a progressé d’environ 8 % à 30,6 %. L’enjeu porte désormais sur l’intensification des usages : paiements marchands, règlements interentreprises, paiements de masse et intégration avec les banques et autres infrastructures financières.

Ce que les entreprises peuvent commencer à préparer

Même si plusieurs modalités réglementaires doivent encore être précisées, les entreprises peuvent déjà cartographier leurs flux en cash en devises, identifier les transactions susceptibles de migrer vers le CDF ou vers des circuits scripturaux, évaluer leurs capacités de paiement électronique, mesurer les coûts associés et adapter progressivement leurs processus de facturation, de trésorerie, de comptabilité et de contrôle interne.
La gestion du risque de change restera également essentielle : la diminution du cash en dollars ne supprimera pas l’exposition économique des entreprises au dollar.

Une publication destinée aux décideurs

Comme les précédentes éditions de BDO DRC Economic Insights, cette publication vise à fournir une analyse indépendante, accessible et documentée de l’économie congolaise. Elle s’adresse aux entreprises, investisseurs, institutions financières, partenaires techniques et financiers, administrations publiques et organisations internationales.
La publication comprend également une annexe statistique détaillée regroupant les principaux indicateurs macroéconomiques, monétaires, bancaires, budgétaires et extérieurs récents de la République démocratique du Congo.
Sources
Cette analyse repose notamment sur les données et publications de la Banque Centrale du Congo (BCC), de la Commission d’Études Statistiques et des Comptes Nationaux (CESCN), du Comité Permanent de Cadrage Macroéconomique (CPCM), du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale, de l’Institut National de la Statistique (INS), du Ministère des Finances et de l’ARPTC.
  • Banque Centrale du Congo (BCC) :https://www.bcc.cd/
  • Commission d’Études Statistiques et des Comptes Nationaux (CESCN) :https://plan.gouv.cd/
  • Comité Permanent de Cadrage Macroéconomique (CPCM) :https://plan.gouv.cd/
  • Fonds monétaire international (FMI) :https://www.imf.org/en/countries/cod
  • Banque mondiale :https://www.worldbank.org/en/country/drc
  • Institut National de la Statistique (INS) :https://ins-rdc.org/
  • Ministère des Finances :https://finances.gouv.cd/
  • ARPTC :https://arptc.gouv.cd/
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Blaise MBATSHI
Country Senior Partner & Managing Director, BDO RDC

Yves AWA MUGUMA
Advisory Supervisor, BDO DRC

Grace MUYA
Advisory Associate, BDO DRC

 

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